Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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A Manses (Ariège) : le pot de terre contre le pot de fer

En 1999, le conseiller municipal chargé de l'Environnement était inquiet
trouvé sur le Web [voir sur le site]

2003 : son inquiétude était fondée !
Madame, Monsieur,

En tant que conseiller municipal de la petite commune de Manses (Ariège), je me permets d'attirer votre attention sur des faits susceptibles de vous intéresser.
Par une succession d'arrêtés (certains de réquisition, d'autres d'autorisation), le préfet de l'Ariège a utilisé un site vierge sur la commune de Manses pour en faire une décharge (prétendue provisoire) recevant au minimum 175 tonnes de déchets ménagers bruts par jour. Actuellement, un premier casier a été exploité et une deuxième est en cours d'exploitation.
Le premier casier a pu être exploité grâce à deux arrêtés de réquisition (tous deux sursis à exécution en première instance et en appel) et deux autres arrêtés d'autorisation (le premier ayant fait l'objet d'un jugement reconnaissant l'erreur de droit du préfet mais lui permettant de poursuivre l'exploitation au nom de la salubrité publique (sic), l'autre en cours d'instruction).
Quant au deuxième casier (d'une capacité de 120000 tonnes !), il a fait l'objet d'une enquête publique ayant donné lieu à un avis DEFAVORABLE. L'arrêté correspondant est en cours d'instruction à la suite du recours de la commune de Manses.
D'autre part, toujours pour lutter contre cette décharge inacceptable sur le fond et sur la forme, la commune de Manses a déposé une plainte contre X avec constitution de partie civile. Cette plainte, non seulement, a été jugée recevable mais surtout elle a conduit à la MISE EN EXAMEN DU PREFET DE L'ARIEGE, mise en examen décidée par le juge d'instruction chargée de l'affaire. Même si une mise en examen n'entraîne en aucun cas la culpabilité de l'intéressé (principe de présomption d'innocence), elle révèle que les éléments du dossier sont suffisamment graves pour qu'une telle mesure soit mise en oeuvre. Dans notre cas, il s'agit de la mise en examen d'un préfet, ce qui, vous le reconnaîtrez, n'a rien d'anodin. Pourtant, les médias n'en ont pas ou très peu fait écho. C'est pourquoi je vous serais reconnaissant de bien vouloir participer à une plus grande diffusion de cette information en utilisant tous les vecteurs de communication que vous jugerez utiles.
Dernier point, mais non le moindre, la commune de Manses a refusé que soient déversés sur son territoire des milliers de tonnes de déchets bruts, c'est-à-dire non triés, sur un site vierge, la commune de Manses a refusé que les prescriptions réglementaires ne soient pas respectées. En un mot, la commune de Manses, dans une lutte pathétique opposant le pot de terre au pot de fer, a exercé un pouvoir de contrôle (avec de faibles résultats sur le terrain certes) sur le pouvoir exécutif qui se croit tout permis dès lors que l'adversaire est une petite commune de moins de 150 habitants. La commune de Manses A BESOIN DE VOUS. La commune de Manses a besoin de votre soutien, médiatique, financier, pour faire pression sur des décideurs irresponsables qui ne font qu'exacerber le rejet des citoyens vis-à-vis du traitement des déchets en choisissant les moyens à la fois les plus coûteux, les plus dépassés et les moins démocratiques pour traiter ce problème. A aucun moment, nous avons enfreint la loi (jamais de violence, jamais de dégradations, jamais d'insultes). Est-là notre récompense de citoyens responsables et fidèles aux valeurs républicaines que de voir que nos actions en justice ne mènent à rien sur le terrain ? NOUS AVONS BESOIN DE VOUS pour que l'avenir nous donne enfin raison.
En vous remerciant et en restant à votre disposition pour tout complément d'information, je vous prie de croire, Madame, Monsieur, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs.


2003 : Manses a peur des fuites
article de La Dépêche du Midi du 16/05/03 [voir le site]

Le feuilleton de la décharge de Manses continue. La solution provisoire de 1998 est devenue une situation qui dure. Depuis l'ouverture du premier casier de 82.000 tonnes sur réquisition de la préfecture, un second de 202.000 tonnes a été ouvert en 2002. Mais ce dernier s'avère bientôt plein. C'est pourquoi une enquête publique est en cours depuis le 24 avril dernier qui porte (pudiquement) sur l'extension de ce 2e casier, pour enfouir 400.000 tonnes supplémentaires. Riverains et opposants sont sur la même longueur d'ondes. Jean-Jacques Michau, président de la communauté de communes de Mirepoix, résume la situation: "Il n'est plus seulement question de nuisances pour le voisinage. Il s'agit de prendre les décisions pour éviter de se retrouver devant une catastrophe écologique qui mettra des décennies à se résorber". En effet, le dernier "feu" a été allumé par un récent rapport (avril 2003) émanant du SMECTOM. D'après le comité de défense et la commune de Manses, celui-ci annonce très clairement qu'au cours de ces 5 années de fonctionnement, des failles ont été constatées dans la géomembrane qui tapisse le fond des casiers. De plus, l'installation de captage des biogaz fonctionnerait très mal. Cette constatation désastreuse remonte au 10 septembre 2001. Depuis, les eaux pompées sous les casiers seraient polluées. Les analyses faites sur les eaux souterraines à proximité montreraient des teneurs en matière organique et en sels métalliques beaucoup trop élevées.

HUIT ANS POUR TROUVER UNE AUTRE SOLUTION
La population et les élus de la communauté de communes reprochent surtout à la préfecture (qui publie tous les 4 ans le plan départemental d'élimination des déchets ménagers et assimilés) son manque de concertation. Selon Fabien Sengés, du bureau d'études, conseils et environnement chargé de l'étude de faisabilité pour cette extension, "la loi de 1997 fixe la réglementation et le SMECTOM l'a toujours respectée. La géomembrane est une barrière active qui est là pour canaliser les lixiviats (les jus) et permettre leur traitement. La véritable barrière est faite par l'imperméabilité du terrain, argileux en l'occurrence. Le choix d'étendre l'exploitation de la décharge est donc une solution adaptée au département". En l'absence d'Alain Caillat, directeur du SMECTOM, c'est Patrice Sarias qui s'exprime: "Il n'y a pas de travaux en cours actuellement, contrairement à ce qui se dit, si ce n'est l'enquête d'utilité publique, et les travaux d'études. Et si l'on constate une faible production de biogaz, ceci est dû à un choix délibéré d'exploitation. Nous injectons de l'oxygène pour retarder la production de méthane. Bref, notre rôle est de gérer au mieux l'élimination des déchets, avec les techniques actuelles". Selon la préfecture, mais également le bon sens, les instances administratives et les élus ont 7 à 8 ans devant eux pour trouver une solution et la réaliser. Alors, poursuivre l'enfouissement ou opter pour une usine d'incinération dernier modèle (comme celle de Pontenx dans les Landes, qui a été visitée par les opposants), il faudra bien peser le pour et le contre, et décider vite. Mais plusieurs fronts existent pour s'attaquer au problème. Si les quantités de déchets ne baissent pas, malgré le tri sélectif, ne doit-on envisager de réduire les productions d'emballages inutiles, par exemple. Mais ce n'est pas un simple débat ariégeois...
(...)
Valérie CUSSET

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