Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
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Déchets : Une décharge souterraine en feu
article de l'Humanité le 3 octobre 2002


Wittelsheim, l'incendie au centre de stockage de déchets ultimes, officiellement éteint depuis le 20 septembre, "couve toujours" selon les syndicalistes.
Wittenheim (Haut-Rhin), correspondance particulière.

"Nous vivons avec une bombe à retardement sous nos pieds". L'incendie de l'unique décharge souterraine de déchets ultimes en France, Stocamine, à Wittelsheim (Haut-Rhin), inquiète la population et les travailleurs des Mines de potasse d'Alsace (MDPA). Le 10 septembre dernier, un feu s'est déclaré dans une stalle à 535 mètres de profondeur, exigeant, pendant quelques heures, le confinement de la population la plus proche du puits de mine. Francis Harmela, sapeur-pompier aux MDPA et délégué CGT, fut le premier à combattre le feu : "Avec mes deux collègues, on est intervenus en combinaison autonome dans cette chambre sans savoir exactement ce que l'on allait éteindre. Déchets d'amiante, cyanurés ou déchets d'incinération, nous n'en savions rien. Peu de temps après notre intervention, on a ressenti des démangeaisons importantes et des maux de tête violents". Soignés à la cortisone, les pompiers vont mieux aujourd'hui, mais l'inquiétude demeure pour Francis Harmela : "Nous avons exigé des prises de sang et un suivi médical. Notre crainte essentielle porte sur les micro-particules d'amiante que nous aurions pu respirer, tout en sachant que nous ne connaissons toujours pas le contenu de l'alvéole en feu".

La CGT et la CFDT des MDPA ont porté plainte pour "mise en danger d'autrui" et Paul Masseron, préfet du Haut-Rhin, visiblement dans la même incertitude que les pompiers, a ordonné une enquête. En autorisant, en 1997, la société Stocamine à exploiter un centre de stockage réversible de déchets ultimes au fond de la mine de sel gemme Joseph-Else à Wittelsheim, les autorités du Haut-Rhin avaient pourtant exigé le respect d'un cahier des charges strict. Le premier centre français d'enfouissement souterrain était autorisé à recevoir des déchets contenant des résidus comme le mercure, le cyanure ou encore l'arsenic, des terres pollués par des métaux lourds, tels que le plomb ou le cadmium, des déchets de l'industrie électronique, des produits phytosanitaires non organiques, des catalyseurs usés, des résidus provenant du traitement des fumées d'incinération ou encore l'amiante.

Mais étaient exclus les déchets radioactifs, biologiquement toxiques, les produits volatils, liquides et, évidemment, inflammables ou réactifs avec l'eau ou le sel. En somme, rien qui ne pouvait déclencher un incendie au point que les gérants de la décharge n'avaient pas jugé opportun de placer des détecteurs de fumée dans les galeries de stockage.

Après dix jours de combustion lente, le feu a été définitivement éteint par immersion d'azote liquide selon la direction. Depuis, l'immense chevalet du puits Joseph-Else commence à remonter les "Big Bag", énormes sacs en plastique au contenu carbonisé, susceptibles d'être à l'origine de l'incendie. Tout doucement, les langues se délient parmi les vingt-sept salariés de l'entreprise Stocamine mis au chômage technique et qui craignent la fermeture du site. "On a descendu 220 tonnes de déchets phytosanitaires après l'incendie d'une usine sans trop vérifier le contenu. Aujourd'hui, de toute façon, il faut faire vite et stocker. Comme pour le reste, le déchet a une valeur économique et nos dirigeants regardent avant tout la rentabilité de la boîte", déclare l'un d'entre eux.

Deux ans après l'accueil des premiers déchets industriels, l'avenir de Stocamine demeure plus qu'incertain. La mobilisation des élus locaux pour la fermeture se renforce, mais il n'en reste pas moins que le bassin industriel d'Alsace continue à produire quotidiennement des masses importantes de déchets dont on ne sait que faire aujourd'hui. Face à ce dilemme, au PCF comme à la CGT, on préfère rappeler l'utilité publique de cette décharge et l'on exige un contrôle plus strict des agents de l'État sur l'exploitation de la décharge. · la direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement, les syndicats, unanimement, soulignent le manque cruel d'inspecteurs.

Alain Cwiklinski

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