Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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A Pézilla, on fêtera la fermeture de la décharge du col de la Dona
article de l'Indépendant, mercredi 21 juillet 2004


Le 1er juillet, un arrêté signé par le préfet Thierry Lataste a mis fin à l'existence de la décharge du col de la Dona. Presque trente ans de bataille pour Pézilla-la-Rivière, mais aussi une prise de conscience pionnière du problème des déchets.

En septembre, Pézilla fera la fête, une vraie fête avec grillade sous les platanes, annonce le maire, Jean-Paul Billès.
Les réjouissances se dérouleront symboliquement sur le lieu même où, la décennie écoulée, l'association de défense barrait la route aux camions d'ordures montant vers le col de la Dona, afin de protester contre les nuisances infligées à la commune.
Les Pézillanais ne fêteront la fermeture de la décharge qu'au mois de septembre, mus par un reste de prudence après tant de contre-ordres et de retards intervenus dans le calendrier de fermeture du site. Cependant, l'usine d'incinération de Calce et le centre d'enfouissement d'Espira étant finalement opérationnels, les élus et l'administration ont tenu leurs engagements : la décharge du col de la Dona a officiellement cessé toute activité le 1er juillet même si la fermeture administrative ne prend effet qu'au 1er août.

Camions, odeurs, lixiviats, etc. Si aujourd'hui tout le monde s'accorde à dire que la décharge du col de la Dona, à la fin de son parcours, était bien gérée ( "Une gestion techniquement impeccable", selon André Dorso, secrétaire général de la préfecture) la même unanimité se fait sur les erreurs du passé. En novembre 1975, quand un arrêté préfectoral autorise l'exploitation du site comme décharge, la conscience collective de l'environnement est encore dans 1es limbes. On enlève les ordures ménagères chez le particulier, mais on ne veut rien connaître du devenir de ces déchets, ni du lieu où ils sont déposés. A Pézilla, on saisit vite les inconvénients du voisinage de la décharge : dès le mois d'août 1976, le maire de l'époque, Ferdinand José, rédige une lettre demandant sa fermeture. Mais les Pézillanais devront prendre l'habitude (ce qui ne signifie pas qu'ils s'y habitueront) de voir passer des norias de camions (de 100 à 150 par jour}, perdant leurs boues, lâchant leurs odeurs, écornant les trottoirs, défonçant les chaussées.
"L'été, les gens ne pouvaient pas ouvrir les fenêtres, c'était invivable. Quant à la voirie, comme les camions traversaient le village, nous étions sans cesse à la remettre en état", se souvient le maire. Pour ce qui est de la décharge elle-même, il s'agit d'un vallon dans lequel on jette, en vrac, la presque totalité des ordures du département. Conséquences inévitables de l'opération : puanteurs, jus de fermentation (lixiviats), émanations de méthane, pollution du sol, menace sur les nappes phréatiques, gêne visuelle, sans compter l'éclosion de mousses nauséabondes à la moindre pluie.
Devant la gravité de la situation, les Pézillanais entament un bras de fer avec les pouvoirs publics pour faire fermer la décharge. Au sommet du palmarés de l'association de défense "col de la Dona" : 10 jours complets de blocus de la route du col, en 1991, avec l'intervention des CRS.

Intransigeants, mais responsables. En 1995, le préfet Bernard Bonnet signe l'arrêté d'application du plan départemental d'élimination des déchets. "C'est le préfet Bonnet qui, le premier, parlera de fermer le col de la Dona en 2002 !" évoque Jean Paul Billès.
Mais, insiste l'élu, rien n'aurait été possible sans l'action de l'association des maires, où émerge une vraie prise de conscience du problème posé par l'évacuation des ordures ménagères ; un problème qui croîtra proportionnellement à la démographie départementale, exigeant des solutions concrètes.
A Pézilla, on se veut ferme mais exemplaire. Jean-Paul Billès explique: "Nous sommes restés intransigeants sur la fermeture de la décharge, même quand le conseil général a fait réaliser une déviation pour que les camions d'ordures contournent le village, ou que la gestion du site s'est améliorée. Mais nous avons aussi fait preuve de responsabilité en évitant les blocus systématiques de la route, et en acceptant d'attendre que les moyens de substitution à la décharge soient mis en place. Enfin, nous avons donné l'exemple en adoptant le tri sélectif. En toute modestie, si notre département est aujourd'hui précurseur en matière de traitement des déchets, c'est dans la mobilisation de Pézilla que se trouve l'étincelle de départ".
Tout vient à point à qui sait attendre. Demain les arbres devraient pousser au col de la Dona.
Josianne Cabanas

DATES CLES

• Novembre 1975 : arrêté préfectoral autorisant la création de la décharge.
• Avril 1988 : 1re pétition (450 signatures) contre le site.
• Février 1990 : 1re motion du conseil municipal de Pézilla dénonçant les nuisances occasionnées dans la commune.
• Mars 1990: création de l'Association de défense "Col de la Dona".
• Mai 1990: 1er barrage sur la route du col de la Dona.
• Juillet 1991 : 10 jours de barrage de la route, intervention des forces de l'ordre.
• Février 1995 : arrêté préfectoral d'application du plan départemental d'élimination des déchets - Pour la 1er fois, la fermeture du col de la Dona est annoncée au 1er juillet 2002.
• Novembre 1996 : création du Sydetom {syndicat de réalisation du plan départemental d'élimination des déchets).
• Février 1998 : l'association "Col de la Dona" manifeste pour demander le respect du calendrier annoncé dans le plan de 1995.
• Octobre 1998 : le site de Calce est retenu pour l'implantation de l'usine départementale d'incinération.
• Juillet 2002: 2 jours de barrage de la route pour demander le respect de la date de fermeture annoncée.
• Juillet 2003 : mise en service de l'usine d'incinération. Autorisation d'implantation d'un centre d'enfouissement technique (CET de classe II) à Aspira-de-l'Agly, prévu pour être opérationnel en mars 2004. La fermeture du Col de la Dona est maintenant assujettie à la mise en service du CET d'Espira. • Mai 2004 : en lançant la révision du plan départemental d'élimination des déchets, le préfet Michel Fuzeau annonce que la fermeture de la décharge du col de la Dona aura lieu en juillet 2004.
• Juin 2004 : le préfet Thierry Lataste signe l'arrêté de fermeture du site au 1er juillet. Fermeture administrative le 1er août.


La décharge du col de la Dona : un vallon comblé par quelque 5 millions de tonnes d'ordures venues de presque tout le département, pendant trente ans. Photo Jean Roig.


La réhabilitation du site est à la charge de l'exploitant

La société SITA SUD, gestionnaire de la décharge du col de la Dona, avait demandé une prolongation de l'exploitation pour une durée de 3 ans. Refus de l'administration, soulagement à Pézilla, comme on a pu le voir.
Toutefois, le réaménagement du site est à la charge de l'exploitant pendant 30 ans, comme l'a souligné le secrétaire général de la préfecture : "Le gestionnaire ne fait pas ce qu'il veut, il est contraint par le règlement et par des contrôles de nos services". Nous avons cherché à contacter le responsable de SITA SUD, M. Léger, qui nous a fait répondre que "ses priorités actuelles allaient au reclassement des personnels". D'où on peut supposer qu'il ne souhaite pas, pour le moment, évoquer la question de la réhabilitation du site.

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