Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?

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La consultation des habitants de la commune était prévue ce samedi
Centre d'enfouissement de Cazouls : référendum reporté

article de Midi Libre du 10 décembre 2004


Le maire souhaite un complément d'information. Levée de boucliers des opposants
Oui ou non à la réalisation d'un centre de stockage des déchets ultimes sur le plateau des Mouchères situé à Cazouls-lès-Béziers ? C'est par le biais d'un référendum, prévu ce samedi 11 décembre, que les Cazoulins devaient se prononcer. Devaient car le maire, Michel Bozzarelli, également président du Syndicat mixte Ouest Hérault pour le traitement des déchets, a décidé de reporter la consultation à une date qui n'est pas encore déterminée (1) . D'où la colère des partisans du « "Non" à la superdécharge », regroupés dans l'Association de défense et protection du patrimoine cazoulin (ADPPC) : « Si notre association n'avait pas existé, le projet aurait été rapidement présenté à la population et serait passé comme une lettre à la poste. Mais nous avons recueilli des informations et sentant le vent tourner, le maire a reporté le référendum », affirment les membres du bureau, Jean-Pierre Combes, son président, en tête.

Des propos que réfute catégoriquement Michel Bozzarelli : « Plusieurs associations comme le Crido (Collectif pour la réduction des inondations, la défense de l'Orb et de ses riverains) m'ont demandé des compléments d'information. Un hydrogéologue a réalisé son premier rapport d'étape mais n'a pas encore livré ses conclusions. Avec la volonté d'informer honnêtement et loyalement, j'ai décidé de reporter la consultation. Je n'ai pas l'impression que les Cazoulins soient hostiles au projet. Au vu des réunions de quartier, j'ai même senti une majorité favorable, qui a conscience du coût du traitement des déchets et de l'urgente nécessité de trouver des sites pour les stocker ».

Des arguments auxquels ne sont pas insensibles les membres de l'ADPPC : « Nous ne voulons pas d'un centre d'enfouissement qui va stocker 30 000 tonnes de déchets par an. Odeurs, papiers et sacs qui volent, insectes, noria de camions, dévalorisation de la viticulture (le plateau des Mouchères est un tènement comparable aux Côtes du Rhône) seront inévitables ! Mais, surtout, c'est la pollution de l'Orb qui nous inquiète. Le plateau est situé en premières terrasses du fleuve et le surplombe. Il est évident qu'un jour, les couches argilo-marneuses qui le composent (et dont on nous annonce des profondeurs sans cesse croissantes) seront traversées par ces lixiviats, ces jus organiques en fermentation bien souvent toxiques ».

Michel Bozzarelli, lui, reste serein : « L'hydrogéologue est optimiste sur ce site qui serait constitué d'une couche argilo-marneuse de 30 à 70 m. Avec l'installation des casiers et d'un revêtement géotextile de 2 mm d'épaisseur, le risque de percolation est infime. » Pour le reste, le premier magistrat est tout aussi confiant : « Le procédé de traitement, développé par des Allemands, respecte le plan départemental des déchets. Les camions déchargent dans des endroits couverts (plus d'odeurs...), les lixiviats sont retraités comme il se doit. Je ne connais pas d'équivalent dans la région. 7 à 8 bennes par jour viendront décharger : c'est un projet à taille humaine. »

Pour autant, quid de la cohabitation avec la base de loisirs départementale "Gaston- Doumergue" qui sera édifiée à 500 m en amont du fleuve ? « Il n'y a pas d'impact de visibilité », estime le maire.

Mais l'ADPPC n'est pas la seule à monter au créneau contre ce CSDU. Le maire de Béziers, ou encore le député Cugnenc, ont écrit au premier magistrat cazoulin pour relayer « le mécontentement de nombreux habitants de Cazouls mais aussi des communes dont les stations de pompage seraient concernées par cette décision » : « Je compte leur répondre dès que j'aurai les informations de l'hydrogéologue. Il n'y aura pas de risque majeur : à nous de faire des choses dans les règles », rétorque-t-il. Michel Bataille, au nom des Vignerons du Pays d'Ensérune qui se sont prononcés à l'unanimité contre le projet, s'est également ému : « Les seuls éléments sur lesquels peuvent s'appuyer les vignerons du Languedoc face à l'essor des vins du nouveau monde sont le patrimoine historique et naturel. » « Je regrette sa position, explique Michel Bozzarelli. Sur les Mouchères, sur les 7 à 8 ha concernés, 3 sont plantés en vignes. Et sur les 1 600 hectares cultivés à Cazouls, le pourcentage est mince. Je ne vois pas pourquoi la viticulture serait plus défavorisée ici qu'à Vendres qui possède une structure de retraitement des déchets ».

Chaque partie aura quoi qu'il en soit encore du temps pour développer ses arguments. Et il est certain que la passion sera au coeur des débats...

Arnaud CHABÉ

(1) Le référendum d'initiative locale devrait être reporté en février ou mars. Or, si le référendum sur la constitution européenne venait à être programmé, aucune consultation de ce type ne pourrait être organisée au cours des six mois précédents. Le préfet pourrait alors organiser les deux votes en même temps.

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