Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?

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Des tonnes d’amiante enfouies à Brueil-en-Vexin
Marc Chauvisé - Le Courrier de Mantes - Publié le 06 avril 2000


Des tonnes d’amiante enfouies à Brueil-en-Vexin

"On nous dit que ce n’est pas dangereux. Mais personne ne peut me le prouver !". Jean Dauwe, le maire de Brueil-en-Vexin, reste méfiant et sceptique depuis que l’ancienne sablière Pires sert de site d’enfouissement aux déchets dits "inertes".

Le maire de Brueil-en-Vexin n’est pas le seul à se poser des questions. Dans ce village du parc naturel régional du Vexin français, bon nombre d’habitants s’interrogent eux aussi en voyant passer quotidiennement des camions. En apprenant qu’un portique de détection de matières radioactives était installé sur le site, certains imaginaient déjà qu’en secret des déchets peu recommandables étaient enfouis sur le territoire de leur commune. "A 50 km de Paris, les trous à combler ont de la valeur. On peut y apporter toutes sortes de déchets".

Le site, aujourd’hui géré par Sita Ile-de-France, était depuis 1974, une décharge de déchets industriels banals. A partir de septembre 1997, les premiers déchets amiantés ont été stockés, en juin de l’année dernière, le site a été réservé exclusivement aux déchets d’amiante. "Il s’agit de déchets 'd’amiante liée'. C’est-à-dire que les fibres d’amiante sont liées dans le ciment. Ils proviennent de chantiers de démolition de maisons et de toitures. Des matériaux avec lesquels on vit très bien tout les jours sans le moindre danger" assure Florence Bruyat-Korda, une des responsables du site. "Il ne s’agit donc pas de résidus de déflocage qui eux atterrissent normalement en décharge de classe 1 comme Guitrancourt. Les déchets provenant de déflocage ou encore les combinaisons des ouvriers qui travaillent sur les chantiers de désamiantage sont refusés".

Cette évolution du site n’est pas du goût du maire qui, avoue-t-il, n’a pas eu son mot à dire, la décharge ayant été autorisée par un décret préfectoral. "Je suis bien obligé de l’accepter mais j’étais contre et je l’ai fait savoir" raconte Jean Dauwe, néanmoins conscient qu’il faut bien stocker quelque part ce type de déchets. "Il y a quelques années on mettait de l’amiante partout. Ensuite, on a dit que c’était dangereux. Aujourd’hui, ils affirment que ces déchets sont sans danger mais qu’est-ce qui me dit que dans dix, vingt ou trente ans, ils ne changeront pas d’avis ". Du côté de la sous-préfecture, on se veut rassurant. "Ces déchets sont inertes. Rien à voir avec les poussières produites lors des opération de déflocage. Il n’y a rien de volatile".

8 camions par jour
L’an dernier, 6 000 tonnes de déchets ont été enfouies sur le site qui s’étend sur environ 5000 m2 en fond de carrière et plus de trente mètres de profondeur. "Nous en prévoyons 8 000 tonnes pour cette année" précise la responsable du centre d’enfouissement. Ici encore, on se veut rassurant : "Ils arrivent conditionnés sous film plastique de 80 microns d’épaisseur et uniquement sur rendez-vous. Avant leur entrée, il y a eu déjà une procédure d’acceptation où l’on a établi un 'bordereau de suivi de déchets' complet. Arrivés au contrôle, une personne vérifie la qualité du conditionnement et le camion est pesé. Une fois sur la zone de stockage, le conditionnement est revérifié au moment du déchargement. Le poids de chaque palette est contrôlé. De cette manière, l’employé est en mesure de se rendre compte si le chargement est trop léger et suspecter un déchet non autorisé (déflocage, combinaisons). Si c’est le cas, le déchet est rechargé sur le camion et refusé".

Dans la zone d’enfouissement, les palettes ou les sacs sont empilés dans des alvéoles de quatre mètres de haut qui sont ensuite refermées par une couche de sable avant d’accueillir un nouvel étage.

SITA Ile-de-France estime la capacité totale de l’ancienne sablière à 100 000 tonnes. Le tonnage augmente progressivement mais il faudra des années pour combler les trente mètres du front de taille. Les habitants de Brueil-en-Vexin n’ont donc pas fini de voir défiler les camions.
En fin d’exploitation, le site sera alors recouvert d’une couche de deux mètres de terre et reboisé. Il faudra alors trouver un nouveau site pour recevoir les déchets amiantés de l’Ile-de-France.

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