Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?

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Vingrau (66) : la démocratie bafouée !
texte trouvé sur le site de "Vingrau"

Les opposants ont édité un livre relatant ces années de combat   lire le résumé

En 1989, un banal dossier de demande d'ouverture de carrière est déposé à la préfecture des Pyrénées-Orientales.
La petite commune pressentie, Vingrau, ne compte que 400 viticulteurs tranquilles qui vivent paisiblement et décident spontanément de s'opposer au projet.
Mais rapidement, la suspicion s'installe. Le maire résiste mal au chant des sirènes.
Alors, les villageois s'organisent, plutôt bien.
Le dossier est rejeté.

Un deuxième dossier est déposé en août 1990.
Vingrau se mobilise aussitôt et trouve des appuis de poids. Mais le maire tergiverse. Le 7 mai 1991, sous la protection des gendarmes, il cède : «Ils viennent de vendre Vingrau !» ..C'est l'émeute !
Les autorisations sont accordées aussitôt le 10 mai 1991.
La presse s'empare de l'affaire. Désormais Vingrau fera régulièrement les gros titres localement, en France et, parfois même à l'étranger.

Pendant l'instruction du nouveau dossier, l'opposition a rédigé une demande de classement en site, une demande une saisine de l'étude d'impact, a déposé une pétition au Parlement Européen et divers recours au tribunal administratif.
La société OMYA, autorisations en poche (exploitation de 100 ha et construction in situ d'une usine de traitement de 2700 m2) doit donc attendre...
Une mission d'inspection ministérielle se rend sur place et le ministre demande au préfet d'instruire la procédure de classement.
Les défenseurs du site semblent avoir gain de cause.

Mais, OMYA ne l'entend pas ainsi et manie en virtuose la séduction (taxes et retombées fiscales) et le chantage à l'emploi, allant jusqu'à affréter un avion pour emmener les "huiles" du département sur son site de Carrare où la société menace de transférer ses activités. Les élus de toutes tendances s'entendent donc pour imposer coûte que coûte les carrières à Vingrau.
Les employés de l'entreprise se transforment en nervis et le Comité de défense est vilipendé à travers toute la région; il reçoit des menaces; on moleste les biens et les personnes.
On se bat dans les rues du village. Le climat est si délétère que le maire est désavoué et l'opposition rentre en force au conseil municipal après la démission de 4 conseillers (affaire du 7 mai).
Les opposants, légitimés par leurs succès au tribunal, sont reçus à plusieurs reprises au ministère.

En décembre 1993, OMYA n'a plus l'autorisation valide.
Qu'importe ! En mars 1994, la société dépose son 3e dossier.
Le Comité ne désarme pas non plus. Il fait appel à des experts, des scientifiques animent des réunions d'information et des conférences de presse autour des contraintes légales non respectées ou «ignorées» dans l'étude d'impact.
Le maire, renié par le village, finit par démissionner.
Le préfet signe pourtant les nouvelles autorisations à trois jours de l'élection.
OMYA a de nouveau des autorisations.

Le nouveau maire élu par 70 % des voix (85 % de participation) entame un bras de fer avec l'administration. Le préfet se déchaîne contre l'opposition et, le 5.12.1994, c'est le coup de force, un escadron de gendarmes mobiles ouvre les carrières.

L'étude d'impact ne mentionne pas les stations de plantes protégées qui se trouvent au milieu du site, ce qui ouvre la voie à de multiples recours ...
Mais, ces espèces protégées bien gênantes sont curieusement déclassées (révision de la liste nationale du 08.1995) avant que les dossiers (mettant en cause le préfet et le cabinet d'étude) ne passent en jugement.

La nouvelle équipe municipale est réélue avec 85 % des suffrages.
Mais, pendant ce temps, OMYA défriche fébrilement le site.

Les opposants, plénicités par le village, se font entendre en Suisse (la société-mère étant la Puess-Staufer) puis bloquent l'accès du site.
Le préfet envoie la troupe. Une centaine de gendarmes mobiles forcent le barrage et «bousculent» sévèrement les villageois encore sur place (7 blessés, 4 hospitalisés).
L'affaire Vingrau remplit des pleines pages dans les journaux et agace prodigieusement l'administration et la classe politique.
Mais OMYA continue «d'aménager» le site.

Le 30 octobre, le maire entame une grève de la faim qui durera 19 jours.
Les opposants se ruinent en procédures.
Peu à peu tous les recours gagnés au T.A. sont cassés par le Conseil d'Etat.
De paradoxes en jugements contradictoires, OMYA se retrouve tour à tour avec l'autorisation de construire mais sans permis d'exploiter ou l'inverse.
En août 1996, la Commission européenne entame une procédure d'infraction contre la France (espèces et espaces protégés non respectés).
Les défenseurs doivent-ils reprendre espoir ?

En juillet 1996, OMYA n'a plus de permis de construire.
L'entreprise excite les médias et rameute les industriels de la France entière.
Dans les P.-O., c'est le consensus (Conseil général, CCI, préfecture, maires, Chambre d'Agriculture etc.) contre ces « enragées » de Vingrau.
Un nouveau permis de construire est demandé.
Le préfet signe (à peine plus de 2 mois d'instruction).

Le 12 novembre 1996, les opposants occupent le site. La résistance durera 202 jours.
Les plaintes au tribunal pleuvent de part et d'autres, les échauffourées sont sévères et le préfet (le même préfet Bernard Bonnet qui s'illustrera en Corse quelque temps plus tard) ne fait pas toujours dans la légalité. Plus personne ne semble se soucier de ce conflit qui s'éternise.

Mais Dominique Voynet, qui est venue plusieurs fois à Vingrau, est maintenant ministre de l'Environnement. Elle déclare «soutenir» l'opposition qui obtient une expertise.

En janvier 1998, «les 6 mères de Vingrau» entament une grève de la faim.
Elles cesseront, épuisées, après 21 jours, lorsque les travaux seront suspendus (ils ne cesseront en fait jamais totalement) en attendant les conclusions de l'expertise.
Le rapport de l'expert démontre la duplicité du carrier qui peut parfaitement aller creuser ailleurs sans mettre d'emplois en péril; ce que les défenseurs du site clament depuis six ans !
OMYA traîne l'expert dans la boue et l'attaque en justice.
Le médiateur délégué par le ministère envenime la situation qui s'étiole en vaines palabres.
* OMYA est installé et n'a fait aucune concession.
* Les arguments de l'opposition ont été enterrés par la validation par le Conseil d'Etat des premières autorisations de 1991 (après 9 ans de procédure).
Plus personne ne peut plus rien pour Vingrau ! Le «pot de terre» s'est battu vaillamment pendant plus de dix ans. Il ne reste plus qu'à achever les ultimes résistants, traînés, à titre individuel devant les tribunaux civils.

Et pourtant... La Cour de Justice européenne condamne la France le 15 février 2000 !   lire la lettre

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