Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
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Au sujet de l'enquête publique concernant la carrière de Gourdon
extrait d'un texte trouvé sur le site de l'association Action Santé Environnement

LRAR à M. le Commissaire-enquêteur
Monsieur,
Au nom de l'association Action Santé Environnement, ayant pris connaissance de l'"Avis d'ouverture d'une enquête publique relative à une demande d'autorisation de modifier les conditions de remise en état de la carrière de Gourdon", je suis mandaté pour vous faire part d'un certain nombre d'observations ou même d'incohérences, surtout pour ce qui est des risques de pollution des ressources en eau. Notre association agit dans le champ assez vaste de l'environnement, de la santé, comme son nom l'indique, mais est aussi une association de défense des contribuables et de victimes.

Au titre des remarques préliminaires, je m'interroge sur les mobiles qui ont conduit l'exploitant de la carrière de Gourdon, la Société d'Exploitation des Carrières (SEC) à modifier les conditions de réhabilitation du site qui fait pourtant l'objet d'un volet consigné par un arrêté préfectoral et qui nécessite un dépôt de garantie ? Même si les matériaux de remblaiements dits de classe V, soi-disant "inertes", mais non dénués de présence d'éléments toxiques dans l'environnement sont entassés selon un protocole des plus discutable mais annoncé comme fiable dans le document d'enquête, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit de scories d'incinération d'ordures ménagères, donc de déchets de déchets. Utilisés trop souvent pour stabiliser les sols avant la construction de routes, il est tout de même demandé aux entreprises de travaux publics qui les répandent de respecter une certaine distance de sécurité à l'égard des sources ou ruisseaux, aveux des risques qu'ils peuvent faire courir. D'ailleurs, les cas de pollution à cause de ces mâchefers aux concentrations non maîtrisées en substances toxiques ne manquent pas sur notre territoire. En outre, la tentation est souvent grande pour certains industriels peu scrupuleux de se débarrasser de résidus extrêmement dangereux au milieu de chargements que l'on présente comme étant anodins. Dans une décharge d'ordure ménagères de l'Essonne, à Villejust, on a découvert la présence de matières radioactives. Dans l'est de la France, ce sont souvent des déchets hospitaliers suisses ou allemands que l'on retrouve dans les décharges d'ordures ménagères. Les matières polluées par les dioxines produites consécutivement à la catastrophe de Seveso sont probablement enfouies pour moitié dans la décharge de Bellegarde (30) et pour l'autre dans celle de Montchanin (71). Dans ce dernier lieu d'ailleurs, une association locale, cherche à vérifier s'il ne commence pas à apparaître des mutations génétiques chez les nourrissons nés dans le secteur. L'affaire des poulets belges dioxinés car nourris avec des mélanges de graisses d'équarrissage dans lesquelles un industriel s'était débarrassé d'huiles industrielles hautement contaminées démontrent les craintes que l'on peut avoir à l'égard de tout ce qui est déchet. En ce qui concerne la carrière de Gourdon, elle est située dans un lieu isolé qui ne permettra pas un contrôle de la population à l'égard de déchargements intempestifs, notamment nocturnes. Par ailleurs, est-on réellement en présence d'une réelle "remise en état de la carrière" ? Il s'agit de déchets. Si des frais de déchargement des scories devaient être perçus par l'exploitant, il s'agirait alors d'une mise en décharge et non une réhabilitation du site. L'intitulé du document d'enquête serait alors totalement inapproprié, l'enquête serait ainsi caduque car mensongère à l'égard de la population concernée.(...)

Pour ce qui est maintenant de l'impact sur les ressources en eau, le plan de "l'expert en hydrologie", Christian Mangan semble être immuable dans ce genre "d'étude" commanditée par les industriels : dans un premier temps, on feint de prendre en considération des éléments objectifs puis on s'occupe à démontrer que dans le cas présent, les inquiétudes que l'on pourrait avoir ne s'appliquent pas et que donc, en conséquence, il n'y a aucune crainte à avoir sur la réalisation de l'appétit industriel. A croire que dans tous les coins de France, la seule difficulté pour ces mercenaires de l'étude, c'est de réaliser la première de leur carrière et ensuite de faire du "copier collé". Il ne suffit que d'habiller d'un verbiage creux, connoté "expert" les attentes du commanditaire. Dans le cas qui nous occupe, il s'agit d'une véritable bouillie, un postulat trouve immédiatement son contraire pour en arriver à la conclusion que l'on connaissait dès la lecture de la première ligne.

J'ai eu sous les yeux : page 81, "l'hydrologie est essentiellement souterraine du fait de l'infiltration presque totale des précipitations dans les calcaires aquifères", page 82 et page 84, ..."Il n'existe pas d'écoulement pérenne dans le secteur de la carrière, car l'hydrologie y est essentiellement souterraine du fait des précipitations qui s'infiltrent en quasi totalité dans le substratum.". Mais c'est une chance incroyable pour cet industriel qui a commandé les études car page 142 : "il apparaît qu'au droit du site de la carrière, le réseau karstique se trouve protégé par une couche de calcaires imperméables atteignant plusieurs dizaines de mètres. Ce contexte particulier associé au caractère inerte des matériaux utilisés pour le remblayage permet de garantir l'innocuité totale du projet vis à vis de la qualité des eaux souterraines". Cela me semble un enthousiasme un peu hâtif. La physionomie en entonnoir de la cavité et la superposition de couches de scories (même en dessous des seuils en matières toxiques ne veut pas dire qu'elles n'en comportent pas) imbibées par les eaux vont se comporter comme du café moulu dans un filtre, le jus ou lixiviat au plus profond va accumuler les toxiques puisque "La carrière de Gourdon présente une configuration en "dent creuse", ce qui signifie que les eaux de ruissellement pluvial ont tendance à s'accumuler au fond de la fouille" (page 142). Et ce n'est pas les "niveaux intercalaires plus ou moins riches en argile" qui "iront dans le sens d'une diminution de la perméabilité du remblai". Diminution mais non imperméabilisation. Si la demande concernait une mise en décharge, alors il serait obligatoire de recouvrir la cavité d'un film plastique réglementaire étanche. Difficulté qui n'a probablement pas échappé au demandeur.

Page 82: "Les Variations de faciès et les phénomènes techtoniques ne garantissent cependant pas partout l'indépendance de ces deux systèmes notamment au voisinage du site pressenti". Les risque sismiques peuvent dons interférer très gravement dans la présentation idyllique de l'enfouissement avec couches de terre intercalées des scories. Surtout que l'on ne sait pas quel type de terre va être utilisée. Il peut très bien s'agir de sols grattés sur 40 cm de profondeur à l'emplacement d'anciens sites industriels pollués. Ensuite est évoquée une étude de traçage pour laquelle il est avoué toujours page 82 qu"il convient de considérer avec prudence les résultats de ces traçages pour lesquels les conditions d'injection et d'organisation du suivi ne sont pas précisément connues."

Plus loin, le semblant "d'analyse pseudo objective" devient totalement grotesque puisque page 83 l'ignorance des paramètres environnementaux émerge puissamment derrière le verbiage convenu : "...écoulements semblent s'individualiser...", "Une ligne de partage des eaux doit donc, théoriquement..." , "...essais qui semblent ...", "Des traçages effectués en 1999, tendent à démontrer..." Élucubrations "d'expert"...

"Les sources du Bar... qui apparaissent comme des exutoires potentiels du réseau karstique transitant au droit du site d'étude, ne sont pas utilisées pour l'alimentation en eau potable depuis plusieurs d'années." (page 83) car en "Conclusion pour le Projet", "la Foux du Bar, ... n'est plus utilisée pour AEP depuis quelques années, suite à des pollutions générées par l'aménagement du plateau de la Sarrée". Ce qui revient probablement à dire qu'il n'est pas grave d'en rajouter puisque c'est déjà une source polluée. Mais ce qui est énorme c'est d'avouer que des installations ont déjà pollué dans le secteur, il y a donc un précédent qui devrait conduire à une stricte application du principe de précaution. Et pour ce qui est des scories, cela risque d'être encore plus grave. Pourtant, la "Directive Cadre sur l'Eau" émanant des institutions européennes que la France se doit d'appliquer sous peine d'infraction à la législation stipule qu'elle "Protège toutes les eaux, rivières, lacs, eaux côtières et souterraines", "Met en place des objectifs ambitieux pour que toutes les eaux affichent un bon état d'ici à 2015" puis "Garantit une participation active de tous les intervenants, dont les ONG ...." Dans ce projet, nous allons donc sciemment à l'encontre de la législations européennes qui va dans le sens d'une amélioration de la qualité des eaux. En cas d'éventuel problème ultérieur, les termes de cette lettre recommandée avec AR seront consignés afin que l'argumentaire développé ici soit utilisé sur le terrain judiciaire.

Je continue, "La source du Fugeret (page 83) ... est actuellement employée pour satisfaire des besoins agricoles", en conclusion (dernière page) "la source du Fugeret ne fait pas l'objet d'un captage pour AEP ; seuls des prélèvement privés l'utilisent pour l'irrigation". Sous entendu je suppose, ce n'est pas grave si elle est à son tour polluée...

Quelle chance, pour "La Foux de Grasse et les captages Saint-Christophe (qui) sont utilisés pour l'alimentation en eau potable de la ville de Grasse ..., au regard des dernières études produites (Par l'expertise bien opportune de "Monsieur Christian Mangan - annexe 9), la carrière de Gourdon se situerait (conditionnel donc en réalité, on n'en sait rien) en dehors de l'emprise du bassin versant de la Foux de Grasse".Il serait bon d'informer la population de Grasse de l'imagination débordante du prosateur s'ils ne veulent pas avoir d'ici quelques années des surprises au sujet de l'eau de leur robinet. Pourtant, au bas de la page 181, "Il convient de rappeler que, hormis sa vulnérabilité, le karst se caractérise par une localisation souvent très aléatoire. Physiquement, le karst correspond à un réseau de galeries souterraines de dimensions très variables (quelques décimètres à plusieurs mètres) qui peut changer de direction de manière très aléatoire". Et page 142, "Ces réseaux karstiques évoluent par ailleurs en permanence : ils changent de direction, certaines conduites se bouchent et restituent un karst fossile totalement sec, pendant que le réseau se développe dans une autre direction". On ne connaît donc rien de l'évolution des sols dans le futur. Comment ne pas envisager dans ces conditions une pollution de la Foux de Grasse et des captages si en plus, on y ajoute les phénomènes sismiques. C'est à la roulette russe que l'on joue ici ! C'est un délire total !

Et la cerise sur le gâteau : "Ce type d'aquifère se caractérise par une grande vulnérabilité vis à vis des pollutions puisqu'il dispose d'un faible pouvoir auto-épurateur". Mais rassurez-vous "mon brave monsieur", "aucun élément scientifique n'est à même de démontrer une relation entre le secteur où se trouve implantée la carrière et le karst localisé en profondeur".Parce qu'ici, bien entendu, on cause entre scientifiques et comme la science n'a pu démontrer quoique ce soit, soyez rassurés braves gens. Mais la "science" n'est pas plus capable de certifier qu'il n'y aura aucun problème. Nous avons donc affaire ici à une "science" univoque, c'est à dire mercenaire et menteuse.

Et l'individu de pérorer pour d'affirmer page 141 toujours :"Cependant, il est rappelé l'absence d'incidence potentielle tant sur les eaux souterraines que superficielles tel que démontré dans l'étude d'impact" et page 143 "la configuration particulière de la carrière aura tendance à maintenir les eaux au niveau du fond de fouille remblayé, sans communication possible avec le réseau hydrographique ... Les eaux de ruissellement pluviales auront donc tendance à rester en surface et à s'évaporer graduellement". Pour clore cette grandiose analyse, "Il apparaît que le projet de remblayage par des matériaux inertes ou assimilés n'induit pas d'effet sur la santé". Est-il question pour l'instant de santé ? La personne serait-elle médecin ou toxicologue ?

Malin, le prosateur se couvre tout de même en conclusion pour tenter d'échapper à d'éventuelles responsabilités ultérieures : "Les informations disponibles à ce jour (des fois que certains éléments lui aient échappés) permettent de penser que le projet de remblayage partiel de la carrière de Gourdon à l'aide de mâchefers V, sous réserve de n'utiliser que des matériaux conformes et régulièrement contrôlés et de les mettre en oeuvre suivant les règles en vigueur (toute personne qui s'est un peu penché sur les moeurs industrielles sait très bien que ceux-ci sont totalement incapables de respecter leurs engagements, toute précaution et les réglementations, cf Erika, AZF, l'incendie de Berre, ...), ne devrait pas induire d'impact significatif sur les ressources en eau souterraine du Jurassique".

Cet argumentaire qui n'a pour seul objectif, celui de satisfaire les attentes d'une industrie privée nous apparaît totalement contraire à l'intérêt général et de nature à provoquer de graves dégâts à l'égard des ressources en eau, aussi nous vous demandons de donner un avis défavorable à ce projet qui n'est en réalité qu'un projet de mise en décharge de scories d'incinération. Nous demandons à ce que cette industrie mette en œuvre la réhabilitation du site initialement prévue.

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