Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
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Impact économique
Jean-François Roux

Pour que la démarche soit cohérente il faut situer l'importance de l'activité touristique à plusieurs niveaux : global, régional et local comme par exemple, à l'intérieur du périmètre Parc Naturel du Haut Languedoc.
A partir de ce constat on peut parler de différenciation et voir quel type de demande cette nouvelle approche satisfait : un tourisme lié aux grands espaces et à la qualité des ressources environnementales en complément (ou en opposition) à un tourisme de masse.
Parallèlement à l'étude des incidences macro économiques, on peut se demander alors quels sont les impacts réels du tourisme au niveau de l'économie locale et voir si cette activité ne reste pas la seule voie possible pour redynamiser les trois autres types d'activités locales à savoir : les activités agricoles, artisanales et commerçantes et voir en quoi elle a une incidence sur l'implantation de nouvelles populations.
Pour finir ce tour d'horizon, il faut montrer que toute implantation d'activités industrielles polluantes ou non adaptées à ce type de contexte, met en péril le fragile équilibre qu'a amené le développement touristique et qu'en cascade ce péril met en jeu l'économie entière de la zone.

1/ Situation de l'activité tourisme :

1-1/ Au niveau national
Pour bien situer l'importance de l'activité touristique, il faut savoir qu'en France, c'est la première activité économique.
Depuis les années 80 la France est dans le peloton de tête des leaders mondiaux du Tourisme , devant les Etats-Unis , l'Espagne et l'Italie Avec 76,5 millions de touristes étrangers ,en progression de 1,3% en 2001 par rapport à 2000, la France conserve aujourd'hui sa place de première destination touristique mondiale. Les prévisions de l'O.M.T font état pour la France d'un chiffre prévisionnel de 90 millions de visiteurs aux environs de 2010.

1.2/ Au niveau régional:
Languedoc-Roussillon est la 3ème région touristique française
Cette région propose 2.000.000 de lits touristiques
Elle est visitée par 14,5 millions de touristes par an dont 4,4 millions d'étrangers Il y a 900.000 à 1.200.000 vacanciers présents en moyenne chaque jour en Languedoc- Roussillon entre le 14 juillet et le 15 août (population permanente = 2,2 millions d'habitants)
On comptabilise 115 millions de nuitées par an dont 40% hors juillet et août 65.000 actifs directs dont 32.000 saisonniers (soit à peu près l'équivalent du secteur du bâtiment ou de celui de l'agro-alimentaire)
Entre 4,57 et 4,87 milliards d'euros de dépenses courantes des vacanciers Selon les statistiques officielles de l'Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), le Languedoc-Roussillon, s'il était un pays, arriverait en 30ème position mondiale, devançant avec ses 4,4 millions de touristes étrangers, des destinations telles que la Tunisie (3,8 millions) ou le Maroc (2,7 millions).
Sources : CRT / Ministère du Tourisme / INSEE / OMT

1.3/ Le niveau local
Au niveau du département, le tourisme a une part importante dans l'activité économique, puisqu'il représente près de 33 millions de nuitées.
Au niveau local pour des raisons historiques liées à la desindustrialisation et à la désertification rurale, la dépendance de l'économie locale à ce secteur est encore plus forte. A partir d'une enquête faite au niveau des professionnels on note qu'en terme de fréquentation:
- à la campagne, 42% des entreprises liées au tourisme déclarent une hausse de la fréquentation et seulement 7% une baisse
- à la montagne, 30% de ces entreprises déclarent une hausse et 37% une stabilité D'autre part, c'est dans l'hôtellerie de plein-air (86%), que le témoignage d'une hausse ou d'une stabilité de l'activité est le plus souvent exprimée. Dans ce sens, ce sont les prestataires du tourisme fluvial qui semblent être les plus satisfaits, 93% d'entre eux déclarant une hausse ou une stabilité de leur activité.
Enfin pour les commerces et services 77% des personnes concernées signalent une hausse ou une stabilité de leur activité.

Conclusion de la partie
Dans le Haut Languedoc, le tourisme est une activité incontournable. De plus, un grand nombre de conséquences indirectes consécutives au développement touristique ne sont pas quantifiables. Le tourisme est par exemple générateur d'effets de tropisme qui se répercutent sur le comportement migratoire, lequel alimente (en Languedoc- Roussillon) la croissance démographique la plus élevée de France. Il faut noter aussi que la région LR est la première région de France pour le taux de résidences secondaires.
Au niveau local, on dégagera une importante augmentation de la fréquentation des milieux naturel et de manière plus large de la campagne. Ce qui tendrait à appuyer la thèse d'une mutation de ce secteur d'activité vers les zones rurales ou encore "naturelles".

2/ La problématique locale

D'une manière plus précise, en France, les espaces protégés (5 parcs nationaux, 15 parcs régionaux) couvrent le quart de l'espace de montagne: ils constituent un élément important de l'offre touristique, notamment estivale.
Dans l'arrière-pays languedocien, où la densité moyenne peut descendre à 12 hab/km2 comme en Lozère, les espaces sont aussi variés que pittoresques (Gorges du Tarn, Aubrac, Cévennes, etc...). Deux parcs naturels, le Parc Régional du Haut-Languedoc et le Parc National des Cévennes, y consacrent le développement d'une politique de protection.
On note aussi l'émergence, dans l'arrière-pays, d'équipements de qualité en matière de tourisme rural. Cependant, l'essentiel des équipements a été conçu pour le tourisme estival alors qu'apparaissent les signes d'un " éclatement " progressif de la saison et qu'une demande de tourisme vert semble se préciser.
Il apparaît donc que de nouvelles conditions de milieu soit actuellement très recherchées par les citadins au niveau d'un tourisme vert et de l'implantation de nombreuses villégiatures et que les gens soient de plus en plus à la recherche de nouveaux territoires en ce qui concerne l'implantation de leurs résidences secondaires.
C'est donc bien sous l'angle de l'intégration de ces nouveaux facteurs de développement et cette dynamique à l'économie locale, qu'une entité comme le Parc doit faire sienne la préoccupation de préserver les ressources naturelles qui correspondent à ce que viennent rechercher les visiteurs et dont on sait par ailleurs, qu'elles sont fragiles et précieuses.

Nous n'aborderont ici que deux exemples :
- La qualité des eaux qui s'écoulent des sources vers les lieux de baignade ou de divertissement. Elle concerne aussi les importantes ressources karstiques, encore très faiblement utilisées.
- La richesse paysagère liée à la nature des roches modelées par l'érosion et à la Biodiversité source inépuisable d'étonnement et d'enchantement.

Ces milieux naturels, qui représentent le quart de la surface des espaces protégés en France, constituent une part essentielle de la richesse, de la diversité du patrimoine naturel et des paysages et donc de l'attractivité du Languedoc-Roussillon qu'il faut en permanence protéger contre la régression de la biodiversité, contre l'artificialisation des milieux et contre la banalisation des paysages.
On peut alors dire que les objectifs d'un Développement Durable de cette activité vont bien de pair avec la protection de ces ressources et que la pression sur l'environnement concerne alors des dimensions qu'il faut bien maîtriser :
Outre la protection de la qualité de l'eau et des paysages et de la biodiversité cette maîtrise concerne pour les visiteurs les activités touristiques suivantes :
- La spéléologie dans les nombreuses grottes de la région
- Le canoë - kayak sur l'Orb
- Les randonnées en VTT et à pied ou à cheval sur des parcours balisés
- L'étude et la protection de la faune et de la flore
- La qualité des produits fermiers, l'accueil à la ferme, dans des camping ou dans des gîtes ruraux conventionnés
- La tranquillité des lieux (...)

Aujourd'hui alors que l'activité touristique construite pas à pas est devenue incontournable, nous pensons qu'elle reste toutefois d'une grande fragilité face à tout type de projet portant atteinte à son image.

3/ Le Tourisme : nouvelle voie de développement pour l'Arrière Pays

Pour accompagner la mise en place de cette activité, les collectivités et les acteurs locaux ont abondé dans tous les types de projets de développement et notamment, dans de nombreux contrats ou chartes dont le contenu est souvent subventionné par l'Europe, l'Etat, la Région et le Département (Les Contrats de rivière, le Balisage des sentiers de grande randonnée et des pistes vertes, la création ou amélioration de lieux d'hébergement… etc.) Le pendant logique de cette voie de développement restant le refus d'y intégrer des activités industrielles ni trop polluantes ni trop agressives afin de préserver le cadre et les ressources....
Dans ce sens, on peut se demander alors si : " Dans le Parc Naturel du Haut Languedoc, le tourisme lié à l'utilisation des ressources naturelles peut être vu comme un modèle de Développement Durable dans la mesure ou d'une part, il intègre et réactive les anciennes formes d'économies locales (commerce, agriculture et artisanat) et qu'il favorise d'autre part l'émergence de nouvelles activités locales prenant en compte les ressources du milieu ".
Dans ce cas l'inventaire et la préservation de ces ressources prend une dimension économique vitale.
Dans le cas contraire, on peut alors qualifier de "dysfonctionnement" tout nouveau processus de développement qui tendrait à ne plus prendre en compte ces bases de réflexion.

4/ Les risques liés à une implantation industrielle classée

Un projet de type SITA, met gravement en péril la logique de développement touristique décrite ci-dessus car elle ouvre la porte à toute autre installation classée ou polluante. Outre qu'il porte atteinte de manière définitive à l'image du Parc, il ne tient compte en aucun cas des activités locales ni de leur importance économique.

Pour aller un peu plus loin, on peut dire qu'un projet de ce type, est de manière symbolique, représentatif d'un manque de cohérence et montre que les responsables n'ont pas mené à fond la réflexion sur le Développement Durable. On reste ici encore au niveau d'intérêts divergeants.
Pourtant ici, dans le Parc Régional du Haut Languedoc, il ne peut y avoir coexistence de deux modèles de développement : si l'on pense qu'un tourisme lié aux ressources environnementales est le premier des facteurs de production, on doit préserver ces ressources et continuer à en définir une utilisation rationnelle. Face aux agressions potentielles ou réelles comme celles que nous réserve l'implantation du stockage de déchets prévus par la SITA, il faut avoir une approche différente et proposer des solutions alternatives respectueuses de ce milieu. Ailleurs, le système a ses limites fonctionnelles...

Dans ce parc, les collectivités doivent respecter les engagements qui ont été pris, suivre chacune des étapes de la mise en place des projets après avoir fait un état des lieux primitif et en estimer l'évolution, refuser de détourner la vocation du modèle choisi par des visions à court terme. C'est tout l'objet de la notion de Développement Durable qui, il me semble, devrait sous-tendre la réflexion du Parc. En effet, les collectivités n'ont pas été les seules à investir dans ce type de schéma de développement touristique. Beaucoup de personnes se sont engagées à un niveau d'investissement important, chacun, s'étant laissé convaincre petit à petit, du bien fondé de la démarche.

Ainsi, dans ce pays que nous construisons ensemble et dont nous avons nous-même, en accord avec les différentes chartes, défini les contours socio-économiques, nous demandons plus de démocratie participative.

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