Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
voir sur le site

[ texte précédent ] [ retour au sommaire ] [ texte suivant ]

Peut-on rendre un site d’enfouissement imperméable ?
Stéphane Gagné, rédacteur en chef de "L'Enjeu"

Les sites d'enfouissement ne sont pas toujours implantés là, où le terrain est le plus imperméable. Aussi, les ingénieurs ont-ils conçu les géomembranes pour rendre certains sites plus étanches et réduire les risques de contamination des nappes phréatiques.
Ces toiles sont déposées au fond des dépotoirs avant l'enfouissement des déchets. Elles ont pour fonction de retenir le lixiviat qui sera ensuite traité. Une fois la membrane bien installée, on place sur celle-ci un drain de captage du lixiviat. Une couche drainante de 30 cm d'épaisseur, composée de graviers ou de sable, entoure le drain pour faciliter le captage des eaux contaminées. Dans certains sites d'enfouissement aux sols très perméables, on ajoutera une seconde membrane avec un deuxième réseau de captage du lixiviat.
Après des années d'enfouissement, on procédera au recouvrement final du site. Pour ce faire, on utilisera aussi une géomembrane ou un géocomposite et on complétera le réseau de captage du biogaz.

En théorie, c'est bien beau mais en pratique... il peut y avoir des fuites. Car tout site d'enfouissement, aussi bien conçu et bien construit soit-il, aura tendance à fuir spontanément. «La moindre faille dans le système va être exploitée par les agents toxiques qui cherchent à se répandre partout où ils le peuvent» , affirme l'ingénieur chimique, Michel Ledoux, de l'Université de Sherbrooke, qui met en doute l'efficacité de ces géomembranes.

Le problème, ce sont les déchets domestiques dangereux (DDD) que l'on retrouve dans la masse de déchets à enfouir. Ils représentent environ 0,7% des déchets et sont surtout constitués de peintures (39%), d'huiles (28%) et de solvants (11%). Bien que tous ces produits soient recyclables, on les recycle très peu, car ils sont généralement peu ou pas triés à la source ou récupérés.
Pourtant, ces produits contiennent des contaminants capables de traverser la meilleure des membranes, (en l'occurrence, la membrane en polyéthylène haute densité (PEHD). Les plus redoutables de ces produits sont les hydrocarbures aromatiques (benzène, toluène, xylène, etc.) présents dans les huiles usées et dans certains solvants. «Le benzène est capable de diffuser au travers d'une couche d'argile, pourtant réputée imperméable : il y franchit une distance de 3 pieds en 5 ans», affirme Michel Ledoux.
Un solvant de nettoyage tel que le tétrachlorure de carbone est aussi très agressif. «Il a été prouvé en laboratoire que 80 p. cent de cette substance traverse la membrane en un an», ajoute Monsieur Ledoux. L'acide acétique présent dans le vinaigre, la teinture d'iode, certains alcools et la térébenthine provoquent aussi le percement de la membrane après de longues périodes d'exposition à ces substances.
En plus des agents toxiques qui menacent l'étanchéité de la géomembrane, il y a aussi les mouvements de terrain, le percement de la membrane par des bouts de métal enfouis ou par d’autres objets pointus, le tassement de la masse des déchets qui créent une pression sur la membrane et la déforment progressivement et, enfin, de mauvaises soudures de la membrane lors de son installation.

Pour Michel Ledoux, le débat dépasse cependant les questions d'étanchéité. «Les mégasites équipés de géomembranes nuisent aux efforts de récupération et de recyclage, croit-il. Les grosses compagnies qui investissent des millions de dollars dans la création de mégasites veulent, bien sûr, rentabiliser leur projet. Elles acceptent donc le plus de déchets possible.» C'est ainsi que la présence d'un mégasite d'enfouissement dans une région peut annuler tous les efforts de récupération et de recyclage des municipalités situées à proximité en offrant des prix imbattables pour l'enfouissement.

[ haut de page ]