Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
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De M. René De Vos - Sociologue environnemental, président d'Honneur de l'ASCODEL
trouvé sur le site d'Ascodel, association opposée au projet de Lignairolles

Ce texte nous a paru d'un grand intérêt de par son argumentaire. Toute ressemblance avec le projet Tanarès n'est pas fortuite : remplacez Aude par Hérault et Lignairolles par Tanarès !

Toute question traitant d'un problème environnemental est, dans les faits, une question politique.
Les décisions relatives susceptibles de modifier l'environnement sont des décision collectives qui concernent des collectivités, c'est-à-dire qu'elles entrent de plein droit dans l'espace politique. Ces décisions ne sont pas politiquement neutres, elles engagent la responsabilité des élus qui en portent la charge et c'est politiquement que l'on jugera les effets.

Un problème comme celui qui nous est posé par l'installation d'un CET à Lignairolles ne peut pas être abordé autrement que politiquement car il pose des questions de fond. C'est donc sur des aspects politiques de ce projet qu'avec l'Association ASCODEL, j'entends apporter ma contribution pour aider à faire échouer ce programme.

L'impact d'un aménagement environnemental ne peut jamais être réduit au seul territoire sur lequel on le réalise. Il concerne en fait tout le système socio-économique et quand on remonte à la source du problème posé, on trouve en pure logique, tout ce qui caractérise la société ici et maintenant. Le programme d'aménagement d'un CET à Lignairolles est en fait le résultat de la gestion environnementale de tout le département de l'Aude et fait se télescoper toutes les oppositions qui structurent notre société. On y retrouve la distance qui sépare l'espace urbain et l'espace rural, l'activité industrielle et l'activité agricole. Le temps court et le temps long, ...etc. Chaque fois que ces oppositions ne peuvent être résolues de manière consensuelle, elles se posent en termes de sacrifice : qui est sacrifié au profit de qui ou de quoi ? Et nous revenons bien à un problème absolument politique.

Chaque projet environnemental comporte un volet technique de plus ou moins grande complexité. La technique évolue très vite et doit être modifiée sous la pression d'une réglementation elle-même changeante au gré des découvertes et des analyses. Aucune décision technique ne doit être tenue pour absolue et la technique ne s'inscrit que dans le court terme. Or les décisions environnementales engagent leurs auteurs sur le long terme et les choix techniques se trouvent paradoxalement être des éléments propres au court terme mobilisés pour des champs d'application qui s'apprécient à long terme. On voit bien, dans ces conditions, qu'il est inutile de discuter technique tant que le programme envisagé n'a pas été absolument débattu sur le long terme. (...)

Pour justifier le programme retenu, on peut faire allusion à la nécessaire solidarité citoyenne devant la question du traitement des déchets. Mais, politiquement, il ne s'agit ici que d'imposer à une population structurellement affaiblie, en petit nombre et en position d'isolement géographique, de supporter les effets néfastes de l'activité urbaine des nantis et des forts.

Comment les décideurs du Conseil Général de l'Aude justifient-ils que le projet de CET ne se trouve sur aucune des communes dont ils sont les résidents, les conseillers municipaux ou les maires ?

Installer un CET à Lignairolles ou ailleurs et dans les conditions socio-économiques comparables est une réponse politique minable pour faire face à une question environnementale majeure. Le traitement des déchets que produit notre société "consommante", concentrée et urbaine est le problème de la société moderne. A un problème majeur il faut inventer ne solution majeure. Si l'on ne trouve pour seule solution que de faire un grand trou quelque part pour y enfouir tout ce qui gêne certains, on aura un problème encore plus grave et la solution ne sera qu'apparente. On va transformer en victimes les habitants du territoire troué. On va les faire souffrir. On les plaindra peut-être comme on plaint ceux qui doivent supporter la contrainte quand on se dit qu'il faut bien que certains souffrent pour que d'autres soient heureux. On ne peut pas tolérer une telle attitude. Il faut en finir avec cette facilité du système qui, lorsqu'il ne sait comment s'imposer, ne trouve rien d'autre à faire que se trouver une victime expiatoire.

Cela suffit ! au nom du développement durable et, en vertu du seul principe véritablement solidaire qui consiste à faire supporter au pollueur la charge de sa pollution, le projet d'un centre d'enfouissement technique, même s'il est techniquement irréprochable, est une mauvaise solution.
Il faut faire échouer le projet présenté par le Conseil Général de l'Aude.

Il faut renvoyer les élus de l'Aude à la question de l'amoncellement des immondices que l'irresponsabilité des citoyens urbains ne veut pas chercher à réduire.

Qu'on ne nous assourdisse pas non plus avec l'argument économique propre à endormir les esprits. Une communauté rurale n'a pas à chercher les conditions de son développement à long terme en se chargeant des opérations de sous-traitance pour les collectivités urbaines. L'activité qui en découlerait ne serait que provisoire et précaire. Il n'y a là dedans que de l'activisme et rien de durable. Il n'existe aucun exemple, pris dans le long terme, qui ait pu valoriser durablement la gestion en sous-oeuvre des déchets rejetés par les autres.

Il faut que le traitement des déchets soit le plus difficile et le plus coûteux possible pour qu'enfin parviennent aux consciences individuelles et collectives les attitudes de consommation et de production qui réduiront la masse des déchets à traiter, il faut qu'on en arrive à ne devoir faire face qu'à des quantités en si petit volume que n'importe quel pollueur trouvera facilement, et chez lui, le système technique le mieux approprié.
C'est un principe élémentaire de la chimie : plus on dilue une solution, et moins ses éléments sont actifs.

  • Non à la domination des uns sur les autres !
  • C'est au pollueur de supporter la charge de sa pollution !
  • Non à la concentration des CET !
  • Non au CET de Lignairolles !

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