Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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L'eau empoisonnée par les polluants agricoles
Article trouvé sur le site du Figaro daté du 20 mars 2003

ENVIRONNEMENT Un rapport parlementaire dénonce la forte dégradation de la qualité de la ressource, menacée par les produits phytosanitaires.

La dégradation «quasi générale» de la qualité de l'eau, dans laquelle l'agriculture est «très impliquée», révèle l'inefficacité d'une réglementation «complexe», d'une police de l'eau «peu opérationnelle» et de communes qualifiées de «maillons faibles», faute de moyens et de compétences. Le sénateur socialiste Gérard Miquel, auteur du rapport sur «La qualité de l'eau et de l'assainissement en France», commandé par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, n'y va pas par quatre chemins.
Il réclame une remise à plat totale du système avec la création de zones de protection dans chaque département, une réforme des contrôles et des sanctions ainsi qu'un transfert de la gestion de la ressource des communes aux départements.
La qualité des eaux, qu'elles soient souterraines, de surface ou de pluie, s'est «dans l'ensemble beaucoup dégradée». Même l'eau de pluie est «chargée en métaux et pesticides.»
En milieu urbain, les eaux de ruissellement sont particulièrement toxiques dans la mesure où elles coulent sur des surfaces imperméables (toitures, chaussées), vulnérables à la corrosion (zinc des gouttières) et chargées de dépôts polluants liés au trafic automobile.

«Vulnérables aux pollutions diffuses, longues à produire leurs effets», les nappes souterraines ne sont pas en meilleur état. Pas plus que les eaux de surface (525 000 kilomètres de cours d'eau de plus d'un kilomètre et les 26 000 plans d'eau de plus d'un hectare), attaquées par le phosphore utilisé dans les lessives, les micropolluants d'origine domestique (solvants, plastifiants que l'on trouve dans les produits cosmétiques et les médicaments), les nitrates et surtout les pesticides auxquels aucune région n'échappe.

Toutes les agences de l'eau (Rhône-Méditerranée-Corse, Adour-Garonne, Bretagne-Seine Normandie) s'alarment de «la progression de la contamination par les pesticides» dont la France est le troisième consommateur mondial avec 100 000 tonnes par an dont 90% utilisés en agriculture. Au point que, dans certaines régions comme la Bretagne, la population est contrainte de consommer des eaux minérales qui, «si on appliquait la réglementation de l'eau potable, ne seraient pas conformes et seraient qualifiées de non potables».

L'agriculture est placée en position de principale accusée : «Les industriels ont fait leur révolution environnementale en supprimant la plus grande part des rejets polluants. Les collectivités locales font la leur en investissant dans l'assainissement, même si de gros efforts restent à conduire. L'agriculture n'a pas fait la sienne.»
La focalisation sur les pesticides et les nitrates «occulte le risque microbiologique qui a des effets immédiats sous forme de maladies gastriques plus ou moins graves». Pourtant, «la contamination par des bactéries et des parasites est fréquente». Selon l'Institut de veille sanitaire, les eaux non conformes à la réglementation pourraient être la cause de 10 à 30% des gastro-entérites aiguës.

La dégradation de l'eau met en lumière l'échec de la réglementation censée la protéger. La loi n'est pas ou mal appliquée. «La loi est bafouée avec constance et régularité. Bien que la mise en place des périmètres de protection soit obligatoire depuis 40 ans pour certains captages, l'obligation n'est respectée que dans un tiers des cas.» L'État n'est pas en mesure de contrôler l'application de la réglementation et de sanctionner les contrevenants. «La police de l'eau, handicapée par une organisation anarchique, est absente ou inefficace.» Pas étonnant, plus de 500 services assurent cette mission.

Les communes se révèlent tout aussi incapables de lutter contre la pollution. «Comment ne pas voir que l'action de préservation de la ressource exige des moyens qu'une commune ou un groupement de communes ne peut avoir ? interroge le sénateur du Lot. Comment ne pas admettre que les traitements exigent des techniques sophistiquées et un entretien qui ne sont pas accessibles à la plupart des communes ?» D'où l'idée de confier la gestion de l'eau aux départements.

Parmi les 19 autres propositions formulées, citons aussi la création de «zones de protection des eaux» (1% du territoire serait ainsi «sanctuarisé»), la création de couloirs de protection en zones agricoles pour freiner les transferts de pesticides dans l'eau, la limitation des aides aux seuls agriculteurs qui respectent l'environnement, la réforme du régime des périmètres de protection et la simplification de la «redevance pollution».
Muriel Frat

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