Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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Habiter près d'une décharge industrielle augmenterait
le risque de donner naissance à un enfant malformé

Article paru dans Le Monde le 9 septembre 1998

SELON UNE ÉTUDE européenne publiée dans le numéro de l'hebdomadaire médical britannique The Lancet du 8 août, le fait, pour une femme enceinte, de vivre à proximité immédiate de décharges industrielles contenant des produits hautement toxiques augmente le risque pour elle de donner naissance à un enfant mal formé. Coordonnée par le docteur Helen Dolk (London School of Hygiene and Tropical Medicine), cette étude a été conduite dans cinq pays (Belgique, France, Italie, Danemark et Royaume-Uni). Les chercheurs ont analysé les données fournies par sept registres régionaux qui recensent de manière systématique la fréquence et le type des malformations néonatales d'origine congénitale.

Au total, les dossiers de 1 089 enfants victimes de diverses malformations (nerveuses, cardiaques, urinaires, digestives, crâniennes, etc. ; les malformations chromosomiques d'origine héréditaire ayant été exclues) ont pu être étudiés. Les chercheurs ont parallèlement constitué un groupe contrôle de 2 366 enfants normaux. Dans tous les cas, les mères résidaient dans un espace géographique d'un rayon de 7 kilomètres ayant pour centre une importante décharge de produits toxiques d'origine industrielle. De tels sites sont des sources importantes de pollution, de nombreuses substances chimiques (dioxines, métaux lourds, pesticides, solvants, etc.) pouvant contaminer le sol, les eaux ou l'air.

UN SITE DE SAÔNE-ET-LOIRE
Pour la France, le registre des malformations du Centre et de l'Est a été utilisé (docteur Elisabeth Robert, Institut européen des génomutations, Lyon). Ce registre englobe les données de la région Rhône-Alpes, de l'Auvergne, de la Bourgogne et du Jura. Les sites des déchets ne sont pas cités dans l'étude publiée par The Lancet. Pour autant, on indique de bonne source que le site français étudié est situé dans le département de la Saône-et-Loire.

Les auteurs de la publication annoncent avoir pu mettre en évidence un risque accru, « faible mais significatif », de naissances d'enfants mal formés chez les femmes vivant à moins de 3 kilomètres de telles décharges. Ces femmes ont un risque de donner naissance à un bébé mal formé supérieur de 33% aux femmes vivant dans une zone située de 3 à 7 kilomètres alentour. Cette conclusion résulte de l'analyse comparative des données issues des deux groupes, les auteurs ayant tenté, par des méthodes statistiques, d'annuler les différences d'ordre socio-économique. En revanche, ce travail ne fournit pas le détail des expositions toxiques auxquelles auraient par ailleurs été soumises les femmes enceintes.

Les auteurs soulignent par ailleurs la nécessité de poursuivre les recherches afin de tenter de confirmer ou d'infirmer un lien de cause à effet entre proximité d'une décharge et malformation. La mise en évidence de telles associations entre les décharges industrielles et les pathologies néonatales avait déjà été effectuée, notamment aux Etats-Unis en 1984, ainsi que, par la suite, dans d'autres pays, sans que les auteurs de ces travaux ne parviennent à établir un tel lien. « Il convient de noter que les conclusions de ce travail sont, tout compte fait, modérées, commente pour sa part Michel Jouan, responsable de l'unité santé-environnement au Réseau national de santé publique. Il faut aussi préciser que les auteurs ne sont pas parvenus à faire totalement la part entre les critères géographiques et ceux de nature socio-économique. Il s'agit néanmoins d'un travail fort intéressant qui devrait conduire à jouer un rôle d'alerte sanitaire afin que tout soit mis en oeuvre pour améliorer le système d'élimination des déchets industriels toxiques et pour prévenir leur dissémination. »

JEAN-YVES NAU

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