Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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NARCOSITA
Gerbas, avril 2005

La SITA insiste lourdement depuis deux ans pour nous proposer le stockage de nos ordures et celles de la moitié de l’Hérault et encore celles de la génération d’après sur un site encore bien sauvage du Parc Régional du Haut-Languedoc. Pourquoi ? Mon dieu, pourquoi ? Qui s’est posé cette simple question ? Oui, pourquoi consacre t-elle tant d’énergie, aidée en cela par de fervents relais locaux et l’administration zélée de la République, pour transformer Tanarès en montagne de détritus ? Par goût de la provocation ? Par altruisme ? Par volonté de régler à sa façon le problème de nos ordures ménagères en constante augmentation ? Par besoin de se rendre utile à la société ? Par civisme ? Par vocation ? Nenninenninenni! Vous savez bien que la seule réponse qui vaille c’est : LE-PRO-FIT!
Pour la suite de la démonstration, je cède la place au prof-I, non ! au professeur Michael Moore, spécialiste du département bizness dans son pays d’origine, les Etats-Unis. Là, il est dans l’avion aux cotés d’un homme d’affaires :
(début de citation)
«Je me permets de lui poser la question suivante :
- Suffisamment pour vous, ça voudrait dire quoi ?
- Suffisamment de quoi ?
- Suffisamment de profit.
Il éclate de rire et me dit :
- Mais on ne fait jamais “suffisamment” de profit !
- Bon alors, mettons que General Motors fasse sept milliards de dollars de bénéfices, mais qu’ils puissent en faire un million en plus en fermant leur usine de l’Ohio et en la délocalisant au Mexique, ça ne vous dérangerait pas ?
- Non seulement cela ne me dérange pas, mais j’estime que c’est leur devoir de fermer cette usine et d’augmenter leurs bénéfices d’un million de dollars.
- Même si ça détruit l’économie de la ville ? Pourquoi ne peuvent-ils pas se contenter de sept milliards et préserver le tissu social ? Pourquoi ruiner des milliers de familles pour un million de dollars ? Vous trouvez ça moral ?
-Moral ? (on aurait dit que c’était la première fois qu’il entendait ce mot depuis sa première communion). Ça n’a rien à voir avec la morale, c’est une question purement économique. Une entreprise a le droit de faire tout ce qu’elle veut pour faire du profit.
Et, se penchant vers moi comme pour me faire une révélation extraordinaire, il ajoute :
- Vous savez, c’est le profit qui compte avant tout. Et c’est là que quelque chose m’échappe : si c’est le profit qui compte avant tout, pourquoi une entreprise comme Général Motors ne se met -elle pas à vendre du crack ? Après tout, le crack est une marchandise hyper-rentable. Cinq cents grammes de cocaïne transformée en crack rapportent au dealer environ 45 000 dollars, alors que le bénéfice de la vente d’un véhicule pesant une tonne est seulement de 2 000 dollars; en plus, le crack est moins dangereux que les automobiles. Chaque année, 40 000 personnes meurent dans un accident de voiture alors que, d’après les statistiques officielles, le crack fait seulement quelques centaines de victimes par an. En plus, il ne pollue pas.» (fin de citation)
• Extrait de “Dégraissez-moi ça !” de Michael Moore, éditions 10/18.

Merci encore, professeur Moore, pour ce brillant exposé sur la philosophie qui ne prend même plus la peine de se cacher derrière les oripeaux de l’économie de marché mondialisée.

Alors, moi aussi dans mon petit coin, j’ai réfléchi à tout ça. Entre nous, pourquoi la SITA prendrait la peine de collecter des ordures nauséabondes aux trois coins du département, les faire transporter par monts et par vaux dans des camions puants qui coûtent cher, creuser des grands trous malodorants dans une montagne dont l’accès est difficile, les dissimuler bêtement derrière des rideaux d’arbres, supporter constamment les manifestations et la colère des habitants de trois vallées dont l’hostilité au projet ne s’est jamais démentie, en fin de compte ternir bêtement son image, tout ça pour gagner quatre sous ? Alors qu’il lui serait si facile, comme le propose notre Michaël d’utilité publique, de faire des placements infiniment plus rentables.
Hé, les têtes pensantes de la SITA, les neuronaux des escoubilles, les poubelleux cortiqués, réfléchissez deux secondes : pourquoi ne pas convertir les prés aux alentours de Saint-Pons en champs de pavot ? Avec le bon climat local, l’absence de pollutions (exit la décharge), des arrosages réguliers et des soins attentifs, on pourrait facilement avoir deux récoltes par an. Ce sont les Afghans qui vont en faire une tête ! Ajoutez l’Appellation d’Origine Controlée, la marque Parc, un cahier des charges plutôt bio pour faire plaisir aux écolos et des rendements garantis pour satisfaire la grande distribution, ils pourraient (comme dit le vieux proverbe afghan) se faire des couilles en or !

Sous l’oeil bienveillant de la maréchaussée locale, avec le jovial soutien des élus locaux, la main d’oeuvre d’une population locale en marche vers le plein emploi, on te remplirait des camions entiers.
Enfin une production locale estampillée bien de chez nous, jeune et branchée. Et en route vers l’auto-suffisance à l’échelle européenne !
Vous voulez diversifier ? Marijuana mexicaine, cannabis du Rif, coca colombienne, crack, héro, dope, ecstasy ben d’cheu nous, acides languedociens, pétards saintponais, cokes d’oc, pots belges, assortiments, livraisons sous 48 heures, résines personnalisées, intraveineuse de bienvenue, visites d’entreprises, stages tastetox, ... “au vrai chout méridional”.

Plus fort, y a même pas à changer de sigle, comme ça on économise aussi sur les autocollants :
SITA Shit Indien Total Addiction...
SITA Sud Intox Trafics Associés...
SITA Super Image Toxicos Acharnés...
SITA Shoots Industriels Trips Assurés...

Alors, la SITA, on dit : merci qui ?

GERBAS

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